Oser le féminin pour une refondation du monde





Oser le féminin pour une refondation du monde

Nadine Keim

Nos sociétés modernes auraient-elles « oublié en route les valeurs du féminin » ? C’est l’hypothèse de Valérie Colin-Simard. Alors que « nous ne nous rendons plus compte à quel point nous obéissons aujourd’hui aux seules valeurs masculines », elle ouvre des pistes pour « amorcer un mouvement » vers un rééquilibrage entre le yin et le yang.


L’ouvrage de Valérie Colin-Simard (Albin Michel, 2008) contient deux titres. Mais le principal, Quand les femmes s’éveilleront, est trompeur. Car c’est bien d’oser le féminin qu’il s’agit ici. L'auteure part de l’hypothèse que nous aurions « oublié en route les valeurs du féminin ». Et que « nous ne nous rendons plus compte à quel point nous obéissons aujourd’hui aux seules et uniques valeurs masculines ».

Dans son propos, la psychothérapeute ne cherche pas à être exhaustive ni à expliquer en détail ses arguments. Son rêve est « d’amorcer un mouvement ». Pour que nous comprenions enfin que, comme « les symboles du yin et du yang, féminin et masculin sont indissociables ». Dans la première partie, l’auteure explique pourquoi nous en sommes arrivés là. Dans la seconde, elle explore ce qu’il faut comprendre par valeurs féminines. Se référant aux « principes issus de la nature et de la spiritualité », à son expérience de psychothérapeute, aux témoignages recueillis et à une riche bibliographie, elle ouvre des pistes passionnantes et provocantes. Elle rappelle que, dans la Bible et la plupart des traditions spirituelles, la valeur du féminin et celle du masculin sont d’égale importance. Puis elle défait fermement, mais avec doigté, les schémas et clichés dans lesquels nous sommes souvent enfermés.

La responsabilité des femmes

C’est aux femmes que l’auteure s’adresse en premier lieu, car elle aimerait leur donner « le droit de vivre leur féminin dans leur vie quotidienne ». Mais ses paroles vont bien au-delà de la guerre des sexes. Son ouvrage nous concerne tous, hommes et femmes, dans toutes les sphères de l’existence : société, économie, etc. « Nous avons tous à devenir des êtres humains à part entière, hommes et femmes à la fois ». Jung le disait déjà : « Nous sommes tous destinés à conjuguer les aspects féminins et masculins de notre être ».

Dès le départ, l’ouvrage remet en question la représentation que nous avons de l’histoire en matière de genre. Le patriarcat, qui s’est imposé il y a près de 5000 ans avec la naissance de l’écriture, s’avère cependant récent en regard des trente mille années de matriarcat qui l’ont précédé. « Si les hommes ont abusé de leur pouvoir sur elles, c’est qu’elles avaient auparavant abusé de leur pouvoir sur eux ». La perte du caractère sacré de la féminité se paie aujourd’hui chèrement. Seuls comptent désormais la supériorité physique, la conquête, la propriété privée, le devoir. L’avènement de la tradition judéo-chrétienne a encore renforcé cette évolution, puisque les seules représentations de la femme y sont la mère (la Sainte Vierge) et la courtisane (Marie-Madeleine). « Dans notre inconscient collectif, ce qu’il y avait chez (les femmes) de plus intime, peut-être de plus sacré, était dénigré, avili, rabaissé ».

Défi aux féministes

Ensuite, l’auteure lance un nouveau défi aux mouvements féministes. Ceux-ci ont paré au plus urgent et permis aux femmes de progresser, lentement mais sûrement, dans l’univers du travail. Mais en refusant la maternité sous prétexte qu’elle était un esclavage – à l’instar de Simone de Beauvoir – ou en la revendiquant comme seul attribut de la femme, ils représentent « deux extrêmes qui aboutissent au même déséquilibre : le rejet du féminin ». Le regard de la société était hier méprisant envers les femmes, il reste aujourd’hui arrogant envers le féminin. Si les revendications concernant l’égalité salariale et la parité demeurent d’actualité, le combat devient plus subtil. Tout se passe « comme si ce n’étaient plus les femmes, mais les valeurs féminines qui cherchaient maintenant à trouver leur place dans le monde du travail ». Les féministes luttaient contre les hommes, le féminin se construira avec eux.

Finalement, l’ouvrage n’épargne pas non plus les femmes. Elles participent souvent de cette situation, en serrant les dents pour se montrer fortes ou en se positionnant en victimes. Elles veulent l’égalité, mais n’osent pas assumer la différence, la responsabilité de leurs désirs. Celles qui sont restées au foyer exercent leur pouvoir à la maison et « y manifestent l’aspect masculin d’elles-mêmes ». Celles qui sont à l’extérieur ne connaissent que les valeurs masculines – « l’effort, le devoir, le travail » – et, par lassitude, prennent de plus en plus fréquemment la décision de revenir à la maison pour retrouver leur identité et se rebeller « contre un monde du travail devenu inhumain ». Or, l’économie (pour s’humaniser), la communication (pour devenir moins violente), la nature (pour être préservée), l’éducation (pour devenir plus intuitive) ont urgemment besoin des apports féminins.

Principes féminins

Mais quels sont ces principes féminins ? Innombrables, ils peuvent être résumés par l’acte d’enfanter. Pour mettre un enfant au monde, la femme ne doit rien « faire » ou très peu : « Juste accueillir, prendre soin d’elle-même et attendre ». Des attitudes qui n’ont rien d’évident, mais qui sont essentielles. Ces qualités féminines sont en effet nécessaires à la vie, tout comme l’intuition, l’écoute, la dépendance, l’amour. « Comme un aimant, elle(s) attire(nt) à elle(s) des énergies masculines émettrices qui, sinon, se propulseraient sans aucune direction ». Il ne s’agit donc pas de les remplacer, mais de les compléter. Ainsi, le recul et la lenteur donnent de l’élan à l’action ; la réflexion et la profondeur permettent l’acte juste ; la souplesse et les émotions enrichissent la raison ; la fragilité et l’attention aux autres attirent le soutien ; la confiance et l’intériorité redonnent à l’humanité créativité et liberté.

Parmi les nombreux principes féminins, l’auteure en détaille sept en autant de chapitres: oser la passivité, oser la vulnérabilité, oser être une femme sans être une mère, oser recevoir, oser l’émotion, oser se donner de la valeur, choisir d’aimer. Après avoir réhabilité les valeurs féminines, dont la spiritualité qui est soulignée à maintes reprises, elle finit par un hymne vibrant à l’amour, à l’intimité et à la communion. « Aujourd’hui, c’est comme si nous avions à faire descendre l’amour sur terre, à l’incarner au quotidien ». Et à prendre conscience que « le corps, la matière, la terre, les émotions, le lien aux autres, la vie intérieure, l’être humain, l’amour sont tout aussi importants que l’intellect, le ciel, la raison, la politique, la collectivité ».


http://www.trilogies.org/articles/oser-feminin-pour

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